Hoggar Institute

Pourquoi et comment le colonel Chaabani a été exécuté ? par Mahdi Cherif

Tribune Libre - Hoggar

Témoignage de Mahdi Chérif, officier retraité, ancien secrétaire général de l’EMG ANP 1963 – 1967


« Mohamed Chaabani a été suppliciés à l’heure des clartés incertaines du petit jour. Il a regardé sans trembler les visages impavides des exécuteurs commis à ses fins dernières. Pour lui et pour les autres qui ont été suppliciés seuls, dans le noir des cachots, je dédie ces lignes. » Mahdi Cherif


Mahdi Cherif, dans cette contribution à l’écriture de l’histoire, va, une fois de plus, au fond des choses. L’exécution du jeune colonel Mohamed Chaabani après une parodie de procès, sur ordre de Ben Bella, a déjà fait couler beaucoup d’encre. Mahdi Chérif, témoin et acteur privilégié des évènements qui se sont déroulés juste après l’indépendance de l’Algérie, évoque cet épisode tragique qui a marqué la mémoire de toute une génération. En démêlant l’écheveau compliqué des actes, et des raisons cachées, des principaux protagonistes qui ont joué un rôle déterminant dans la dynamique qui a conduit le chef de la Wilaya VI devant le peloton d’exécution, il casse des tabous solides. Lorsqu’il évoque Ahmed Bencherif, ancien chef de la Gendarmerie nationale, son analyse est d’une grande sévérité. Il précise cependant, — nous le citons — : « A aucun moment, je ne fais la confusion entre l’homme et l’institution. La Gendarmerie nationale, corps d’élite, corps de sécurité prestigieux de la République, a fait son devoir dans les moments les plus tragiques de l’histoire récente de l’Algérie. Des hommes de courage et de conviction, officiers de la Gendarmerie nationale, ont su dire “halte !” aux dérives et “non !” aux ukases quand Ahmed Bencherif considérait la gendarmerie comme un legs parental et que ses ordres contrevenaient au droit ou lorsqu’ils heurtaient leur conscience. Ils furent nombreux : Youssef Bensid, Mokrane Aït Mahdi, Lakhdar Belhadj ou encore Mohamed Touati pour ne citer que les plus connus. Le grand bourreau a dû faire appel à d’autres, proches de sa personne ceux-là, pour sa carrière macabre de croque-cadavres. En exhumant de l’oubli la personnalité attachante de Mohamed Chaabani et en essayant de rendre leur juste dû à ceux qui ont joué un rôle dans sa condamnation à mort, j’ai voulu absoudre mon âme du péché de silence pour rentrer, quand l’heure sera venue, l’âme en paix dans la paix du seigneur.»

R. N.


Le colonel Mohamed Chaabane dit «Chaabani» est, en 1962, le plus jeune colonel de l’ALN. Il est né le 4 septembre I934, à Oumèche (Biskra). Successeur du colonel Ahmed Benabderrazak, dit Si El Haouès, tombé face à l’ennemi le 29 mars 1959 à Djebel Thameur, près de Boussada, il est le chef de la Wilaya VI (Sahara) pendant les trois dernières années de la guerre de Libération. Il n’a jamais voulu, sans doute par modestie naturelle, arborer l’insigne du grade de colonel que lui confère le GPRA en I961. Le jeune chef de la Wilaya VI paye le prix de son implication dans les concurrences qui font rage au sein du gotha politique qui s’accapare du pouvoir au lendemain de l’indépendance. La période du 19 mars 1962 à septembre 1964, date de son exécution, est riche en manœuvres de toutes sortes où le chef de la Wilaya VI est entraîné, quelquefois malgré lui. Allié sincère et déterminé de Ben Bella, lors de la course vers Alger, au lendemain de l’indépendance, il se heurte à ce dernier qui a sa propre vision sur le pouvoir, sur la façon de le conquérir, comment l’exercer et avec quels hommes l’exercer.

Très vite, les heurts des ambitions et les calculs des uns et des autres créent une situation telle que chacun des responsables au sommet de l’Etat recherche des alliances parmi les chefs de Wilaya encore dans l’ANP, pour conforter sa position. Le jeune colonel ne sut pas rester à l’écart de l’imbroglio algérois qui se complique constamment. Houari Boumediène ne peut envisager son action à la tête du ministère de la Défense nationale sans le départ obtenu, d’une façon ou d’une autre, de tous ceux qui ne rentrent pas dans le moule de l’obéissance telle que codifiée par lui. Il s’attaque d’abord à ceux qui se sont ligués contre l’EMG, après la réunion inachevée du CNRA et qui ont tenté de lui barrer la route, par les armes, en juillet-août 1962 : Mohand Ou El Hadj, Salah Boubnider et Hassen Khatib, puis aux autres qui lui rappellent, trop souvent à son gré, qu’il leur doit sa deuxième carrière. Le colonel Zbiri, chef de la Wilaya de l’Aurès est fourvoyé rapidement dans une mission qui ressemble à une antichambre de mise à la retraite, la direction de l’Académie de Cherchell. Chaabani, qui est l’objet de sollicitations nombreuses et intéressées de la part de Ben Bella et de Khider, pose un vrai problème à Boumediène. Le chef de la Wilaya VI ne veut à aucun prix quitter son commandement à Biskra. Il ne veut pas entendre parler de l’affectation en Wilaya VI des officiers désignés par Abdelkader Chabou, officier issu de l’armée française, qui devient après l’indépendance le plus proche collaborateur du ministre de la Défense. Fort du préjugé favorable dont il bénéficie auprès du président de la République et de Mohamed Khider, Chaabani entre en conflit ouvert avec Houari Boumediène. Ses griefs sont d’abord réduits à un seul objet, puis la confrontation devenant ouverte, ils s’élargissent et prennent de l’ampleur.

Le premier objet de la colère de Chaabani est la place de plus en plus prépondérante, au sein du commandement de l’armée, des plus en vue parmi ceux qui sont venus s’intégrer à l’ALN pendant la guerre de Libération. Ils sont accusés par lui de viser, par un entrisme envahissant, tous les postes de décision au sein de l’ANP. Le deuxième congrès du FLN, qui se déroule dans la salle du cinéma Afrique en avril 1964, à Alger, est pour lui l’occasion de dire tout «le bien» qu’il pense de ce parti-pris de Houari Boumediène pour les quatre ou cinq officiers algériens qui ont fait leurs classes en Indochine, en Allemagne ou tout simplement dans les écoles de guerre françaises. Il voue à Chabou, à Zerguini, à Hoffman, à Boutella et surtout à Ahmed Bencherif, une méfiance tenace. Il change cependant son jugement quand il évoque les jeunes gens qui, fuyant les casernes françaises, ont rejoint l’ALN pendant la guerre de Libération nationale. Il n’ignore pas que ce n’est pas Houari Boumediène qui les a accueillis à bras ouverts, mais bel et bien un des géniteurs de la révolution — et quel géniteur ! — puisqu’il s’agit de Krim Belkacem. A Boumediène qui interroge : «qu’est-ce qui est préférable, réorganiser l’armée avec des Algériens ou faire appel à des étrangers ?» Il rétorque qu’il ne vise pas ceux qui ont commandé, dans les moments les plus forts de la guerre, des unités engagées chaque jour contre les forces françaises et tout en rendant hommage aux dizaines de «DAF» morts les armes à la main aux côtés de leur frères moudjahidine. Il précise : «Je vise la demi-douzaine de mercenaires qui se “cachent” derrière Boumediène, qui ont les mains libres pour tout se permettre au sein de l’ANP.» Il dit craindre que, profitant de sa position, Chabou ne soit tenté, un jour ou l’autre, par une opération «d’aimantage» pour attirer ceux qui ont eu le même parcours que le sien pour constituer une force avec laquelle il faudra compter. Sa prévention à l’égard de Chabou et de son entourage («ils travaillent pour la France») bâtie sur des jugements de valeur subjectifs, beaucoup plus que sur des éléments de preuves irréfutables, démontre que le jeune chef de la Wilaya VI est à la recherche de pièces «rapportées» à introduire dans son dossier et qu’il se saisit du grief «popularisé» par les compétiteurs de ces soldats de carrière qui affirment n’avoir d’autre ambition que celle de servir l’armée de leur pays. Cette obsession de «la main de l’étranger» aura la vie longue.

Chadli Bendjedid, le 27 novembre 2008, à Tarf, lors du colloque consacré au créateur de la Base de l’Est, Amara Bouglez, reprendra à son compte la fable de l’infiltration de la révolution par «la promotion Lacoste». Dans son désir de régler ses comptes avec Khaled Nezzar, qu’il cite nommément, l’homme qui l’a empêché de brader l’Algérie pour un demi-mandat, il prononce des mots d’une extrême gravité : «Sentant la fin de leur présence sur notre sol, les Français ont préparé leur supplétifs… » L’avenir — trois décennies plus tard — démontrera que cette crainte de certains maquisards, sincère chez Chaabani, obéissant aux circonstances chez d’autres, de voir l’Algérie retomber dans l’escarcelle des Français à l’issue du «complot» ourdi par de Gaulle et muri sur le long terme, se révélera infondée. Ce sera, pour l’essentiel, les anciens élèves des écoles de guerre d’outre-Méditerranée et les déserteurs des casernes françaises, trop longtemps victimes de jugements injustes et outranciers, qui, devenus chefs de l’ANP, barreront la route à l’intégrisme et sauveront la République. Chaabani, outre son opinion bien arrêtée sur la poignée de collaborateurs immédiats de Houari Boumediène, est animé par une forte prévention contre les rejetons des grands notables. Il refuse de voir leurs enfants jouer des rôles prépondérants dans l’Algérie postindépendance.

On constate, à l’analyse de cette conclusion chaabanienne, la survivance d’une frustration ancienne quand les réalités sahariennes du temps des bureaux arabes, lorsque les grandes familles de Biskra ou de Touggourt, distinguées et choyées par les généraux de l’armée d’Afrique, étaient l’interface stipendiée de l’administration militaire française en charge du Sud algérien. Dans l’esprit du jeune colonel, aucun doute ne peut subsister quand à la qualité «d’agents de la France» de Bencherif ou de Chabou. Ce dernier est fils d’un officier supérieur spahis, longtemps caserné à Batna. On ne peut comprendre le sentiment de colère du successeur de Ahmed Ben Abderrazak devant les faits accomplis de Houari Boumediène si on ne tient pas compte de l’habitus du groupe social où sa prime adolescence s’est accomplie, dominée par l’hagiographie chantée sur tous les tons par les valets des grands guennours et des porteurs de burnous d’apparat. On ne peut comprendre l’indignation du successeur de si El Haouès de voir Ahmed Bencherif à la tête de la Gendarmerie nationale, si on oublie qu’il nourrit de graves soupçons sur l’implication du beau-père de Bencherif — le bachagha Ahmed Lahrèche en personne — dans le renseignement obtenu par l’armée française sur la présence dans la région du Djebel Thameur, en mars 1959, des colonels Amirouche et si El Haouès. On ne peut comprendre le sentiment qui pousse Chaabani à la révolte si on oublie que, pour toute une génération de maquisards, la révolution où ils se sont jetés corps et âme est également une revanche sociale. Elle a chamboulé, de fond en comble, l’échelle des valeurs admises, cassé des certitudes et attiré au-devant de la scène le petit, le laissé-pour-compte, pour en faire l’auteur d’une nouvelle Histoire. Le fils du pauvre, promu par ses sacrifices, au moment où il pense que l’ère des «sidis» est définitivement révolue, voilà qu’il se retrouve face au fils du maître d’hier.

Houari Boumediène plaide sans état d’âme l’efficacité. Chaabani défend avec toute son âme la morale. L’association Boumediène-Bencherif le révolte. Bencherif, fils de grande tente, ancien sergent de l’armée française, naturalisé français en 1948, engagé volontaire pour l’Indochine où il combat de 1949 à 1952, déserte l’armée française au début de la guerre d’Algérie, après avoir mis à sac le camp militaire où il est affecté. Promu officier-instructeur en Wilaya IV, il est envoyé en Tunisie à cause de ses brutalités envers les civils et après que, de son propre chef, il tue, à larme blanche, à l’insu du colonel si Mhamed, des dizaines de prisonniers kobussistes confiés à sa garde. Désormais commandant et collaborateur de Krim, il est chargé d’exécuter les colonels Lamouri, Nouaoura et Aouchria, ainsi que le commandant Mostepha Lakhal, condamnés à mort par Houari Boumediène, président du tribunal devant lequel ils comparaissent en 1959. Ces moudjahidine sont étranglés de sa propre main. Il utilise pour les mettre à mort un fil de fer qu’il passe autour de leur cou et qu’il serre jusqu’à la mort, alors qu’il dispose d’une arme à feu munie d’un silencieux. Le colonel Mohamed Aouchria réussit à échapper à ses gardiens. Il court vers le mur d’enceinte. Bencherif le rattrape. Il lui administre une terrible correction. Il le traîne vers l’endroit où gisent les cadavres de Lamouri et de Ahmed Nouaoura et il lui fait subir le même sort. Les corps des moudjahidine suppliciés d’aussi atroce manière, par pure sadisme, sont jetés par lui dans une fosse à peine ouverte. «Les chiens s’en chargeront !» est l’oraison funèbre de leur bourreau. Si tôt Bencherif ayant quitté les lieux, le commandant du camp entreprend de donner une sépulture décente aux officiers martyrs. Bencherif, connaissant désormais le chemin qui mène à la prison de Denden, s’y rend sans être mandaté par personne et sans en référer à Abdelmadjid Rafa, le juge d’instruction qui a la haute main sur les pénitenciers du GPRA. Au cours d’une de ses incursions inopinées, il prend à partie et torture des prisonniers. Saouli Mohamed, ancien normalien, détenu à Denden, en conservera des séquelles à vie.

Le sulfureux Bencherif, renvoyé en Algérie par Krim en 1960, est blessé au cours d’un combat dans la région de Sour El Ghozlane, tandis que le capitaine Fellah, son compagnon, résiste jusqu’à la mort, lui, il lève les bras, se fait reconnaître et se rend aux forces françaises. Il est transféré à Paris sur décision d’Edmond Michelet, ministre de la Justice du général de Gaulle. Son transfert est obtenu par son beau-père et oncle, qui avait mobilisé ses amis, entre autres les Chicheportiche, Israélites connus à Djelfa et à Boussaâda, qui ont beaucoup d’entregent, et Jacques Chevalier, homme politique algérois, bien introduit au Gouvernement général. Ces personnalités font valoir l’intérêt d’utiliser Bencherif dans la stratégie anti-FLN. Alors que le GPRA lance une grande campagne médiatique et diplomatique pour lui sauver la vie, Bencherif joue le jeu des Français. (N’est pas Larbi Ben M’hidi qui veut !) Chaabani est révolté de voir l’homme qui somme Ferhat Abbès, le 10 octobre 1960, de reprendre les négociations avec la France, au risque de voir la Wilaya 4 accepter une paix séparée avec l’armée française, être en charge d’un corps de sécurité prestigieux de l’Algérie indépendante. Chaabani affirme que c’est le même Bencherif qui a joué à l’entremetteur entre les responsables de la Wilaya IV et Charles de Gaulle. Ces contacts sont, bien sûr, destinés à remettre en cause la cohésion de l’ALN autour du GPRA. Gilles Meynier, dans son livre intitulé : Histoire intérieure du FLN, 1954-1962, page 566, évoque les péripéties du séjour parisien de Ahmed Bencherif, grand étrangleur de moudjahidine devant l’Eternel et futur receleur de cadavres de colonels de l’ALN, morts au combat.

La scène politique algéroise est de plus en plus en ébullition du fait de la gouvernance de Ben Bella. Fin 1963, Mohamed Khider commence à prendre ses distances avec Ben Bella qui devient dangereusement boulimique. Mohamed Khider est originaire de Biskra. Dans son souci de se concilier les bonnes grâces du chef de la Wilaya VI, il joue avec succès la carte de l’affinité régionale. L’officier indigné et le politique déçu se rejoignent. Khider est déjà à la périphérie du pouvoir, mais il est encore influent. Il suggère la nomination de Chaabani au poste de chef d’état-major. Chaabani rétorque qu’il serait souhaitable de réunir les chefs des wilayas historiques afin de les faire participer à la désignation du chef d’état-major. Il ajoute que, dans le cas où cette démarche ne conviendrait pas, on pouvait toujours désigner le plus âgé d’entre les colonels, en l’occurrence Moh Oul Hadj. Houari Boumediène, craignant que, par l’entremise de Moh Oul Hadj, certains anciens du GPRA, tel Belkacem Krim, ne reviennent au pouvoir, s’oppose avec toute sa force de persuasion à la proposition de Chaabani, arguant que le poste doit revenir au chef de la Wilaya de l’Aurès, le plus légitime à l’occuper. C’est ainsi que le colonel Tahar Zbiri est nommé chef d’état-major. Mohamed Chaabani, le colonel Abbès et le commandant Abderrahmane Bensalem sont ses adjoints. Le décret n°64/88 du 4 mars 1964, paru dans le Journal officiel du 6 mars 1964, précise la composition de l’état-major général de l’ANP ainsi que ses prérogatives, créé sur proposition du ministre de la Défense nationale et non pas comme, on a pu l’écrire ici et là, sur décision unilatérale de Ben Bella pendant un voyage à Moscou de Houari Boumediéne. Quelque temps plus tard, au gré des fluctuations de ses rapports avec Ben Bella, Khider propose de nommer Chaabani ministre de la Défense nationale.

Pendant quelques semaines, l’idée de devenir ministre de la Défense nationale emballe Mohamed Chaabani. Il s’agite, prend des contacts, démontre par son attitude que ce qui n’est encore qu’une vague configuration est déjà acquis. A la villa Jolly, où il croise Houari Boumediène, le ton monte. Les deux hommes échangent des regards assassins. La tension entre les deux colonels est à son comble. Beaucoup de responsables militaires dont les colonels Tahar Zbiri, Abbès et le commandant Saïd Abid, essayent de faire revenir Chaabani à de meilleurs sentiments. Le colonel Tahar Zbiri fait à trois reprises le voyage de Biskra – je l’accompagne à chaque fois — pour tenter de convaincre le chef de la Wilaya VI de patienter et de parier sur une inéluctable décantation politique, plutôt que de tenter de la forcer dans les plus mauvaises conditions. Peine perdue ! Chaabani qui n’a que paroles de mépris à l’égard «du planqué de Ghardiamou» ne s’embarrasse pas de précautions oratoires pour dire le fond de sa pensée. Il dénie à ce dernier la légitimité de faire de l’armée son marchepied et de la restructurer à sa guise. Selon lui, la légitimité à être le chef de l’ANP, Boumediène l’a perdue le jour même où il a fait ouvrir le feu sur les moudjahidine des Wilayas III et IV. Il ne s’arrête pas à l’objection que lui aussi a été présent sur le champ de bataille, du côté de Médéa, en juillet 1962. Il argue : «Etre ministre de la Défense, dans un gouvernement de Ben Bella, ne fait pas de lui (Boumediène) une icône à adorer derrière une vitrine, mais un homme politique dont on peut critiquer l’action ».

Le jeune colonel, comme beaucoup d’autres avant lui, et bien d’autres après lui, n’a jamais mesuré jusqu’à quel point Houari Boumediène tient au pouvoir et jusqu’à quel point il est convaincu que pour le conquérir entièrement et le garder jusqu’au dernier souffle de sa vie, il lui faut être le maître absolu de l’armée. Cette méconnaissance du ressort profond qui fait agir Boumediène causera la perte de son compétiteur. L’expédition militaire contre la Wilaya VI est désormais sur la table de dessin de Abdelkader Chabou. Il est intéressant de voir comment l’accélération de la dynamique de l’inéluctable épreuve de force est réalisée par Chabou. Lorsque toutes les parades sont en place, Chabou va précipiter le moment de vérité, d’abord par des tentatives à peine discrètes, signées Bencherif, pour circonvenir certains des cadres de la Wilaya VI et les inciter à la rébellion. Ces manœuvres du chef de la Gendarmerie nationale mettent à vif les nerfs de Chaabani. L’incident de l’hélicoptère fait partie du traitement à base d’aiguillons psychologiques destiné à faire monter son ire. Chaabani, désireux de se rendre à Biskra par la voie des airs, demande qu’il soit mis à sa disposition un hélicoptère. Il essuie un refus, au prétexte d’une indisponibilité de «ventilos». Chaabani prend la route au volant de sa Fiat 2300. Arrivé à destination, il voit un MI 04 évoluer au-dessus de l’aérodrome de Chetma (Biskra). L’hélicoptère atterrit. Mohamed Boutella en descend, tout sourire… Ben Bella, devant le forcing du ministre de la Défense qui veut réaliser la restructuration de l’armée et par là même éliminer les dernières figures de proue du «wilayisme», nomme Chaabani membre du bureau politique pour conforter sa position face à celui qui veut l’éliminer.

La lune de miel entre le président de la République et Mohamed Chaabani ne dure pas longtemps. Le changement intervint insidieusement, au gré des humeurs fantasques de l’un et des humeurs chagrines de l’autre. Les évènements de Kabylie, quand Aït Ahmed s’engage dans l’opposition armée, viennent démontrer à Ben Bella que Mohamed Chaabani ne sera jamais un instrument docile entre ses mains. Le chef de la Wilaya VI refuse de s’impliquer militairement contre le FFS. «On m’a eu une fois. On ne m’aura pas une deuxième fois» est sa réponse invariable à Ben Bella qui le presse d’envoyer des unités en Kabylie pour en découdre avec les partisans d’Aït Ahmed. Puis les choses s’accélérèrent avec, tour à tour, la dissolution de «Djemiat al oulama du Cheikh Abdelhamid Ben Badis» puis avec le placement en résidence surveillée du Cheikh Bachir El Ibrahimi. Mohamed Chaabani, qui a été le disciple du cheikh Ben Badis, et avec lequel il partage les mêmes valeurs spirituelles, est choqué par une mesure que rien ne justifie. Peut-être Hamadèche, le Béria du régime, a-t-il attribué au vénérable cheikh un tract qui circule sous le manteau et qui dénonce les professions de foi prosoviétiques de Ben Bella. Le président, grisé par les hurlements des foules, imprime un autre rythme à sa démarche pachydermique. Le fracas de la porcelaine brisée devient un bruit de fond quotidien. La politique du «45 fillette » n’épargne ni les historiques, ni ceux qui le sont moins, ni ceux qui ne le sont pas du tout. Mohamed Chaabani exprime avec force son indignation devant le mépris affiché par Ben Bella à l’égard de Boudiaf, de Khider, d’Aït Ahmed, de Krim, de Boussouf, de Bentobbal, de Ferhat Abbès et des autres personnalités historiques. Il proteste devant l’activisme des hommes du commissaire Hamadèche qui remplissent les prisons et les camps. A la veille du 19 juin, date du renversement de Ben Bella, il y a 3000 prisonniers d’opinion dans les prisons benbellienes. Tous ceux qui osent exprimer leur rejet d’une politique chaotique sont passibles d’une lettre de cachet. Un exemple de la paranoïa qui s’est emparée de Ben Bella est l’enlèvement de Hadi Khediri en pleine rue et son emprisonnement à Lambèse pendant un an sans qu’aucune accusation ne lui soit signifiée. Le futur DGSN est arrêté sur un simple soupçon. De la même façon est traité Ahmed Taleb El Ibrahimi qui se retrouve à Sidi El Haouari sans jamais savoir pourquoi. Chaabani s’indigne des exécutions capitales d’opposants politiques qui se suivent à un rythme terrifiant et qui sont tenues secrètes. Du 11 juillet au 3 septembre 1964, Ben Bella fait exécuter 8 opposants, tandis que ses services préparent les procès de plusieurs dizaines d’autres prisonniers d’opinion.

Le président Chadli Bendjedid charge, au début des années 1980, Abdelkrim Guehairia, officier de l’ALN et de l’ANP, cadre au ministère des Moudjahidine, de faire exhumer les corps des suppliciés qui sont enterrés au Carré des martyrs. (Bendjedid leur décernera, à titre posthume, les plus hautes distinctions honorifiques de l’Etat). Les critiques de plus en plus sévères de Chaabani finissent par le rendre persona non grata au troisième étage de la villa Jolly. L’heure attendue patiemment par Houari Boumediène vient enfin de sonner... Pour séparer Chaabani de ses hommes, Ben Bella somme le chef d’état-major adjoint de rejoindre son poste. Ce dernier refuse et se retranche au milieu de ses unités. Le ton monte entre les deux hommes. Les insultes fusent des deux côtés. «Tu n’es qu’un politicien cynique» est la réponse que vaut à Ben Bella sa décision (décret du 4 mars 1964) qui met fin à la qualité de membre de l’état-major de Chaabani. Un autre décret, signé le 2 juillet I964, le casse de son grade de colonel. Au plus fort de la crise, avant les décisions extrêmes prises par Ben Bella contre le chef de la Wilaya VI, beaucoup de personnalités, et à leur tête les colonels Zbiri et Hassen Khatib, tentent, en vain, une médiation. Chaabani est trop engagé pour reculer, d’autant que Houari Boumediène, craignant la réussite de ces bonnes volontés, et jouant à l’incendiaire, envoie Mohamed Zerguini, un des DAF les plus honnis par le chef de la Wilaya VI, pour prendre le commandement des unités fidèles à ce dernier. Le président Gamal Abdenasser, craignant le pire pour son allié de toujours, Ahmed Ben Bella, décide de s’en mêler. Il délègue auprès de Chaabani son ambassadeur, Ali Khachaba. La réponse de Chaabani est très claire : «Dites à celui qui vous a mandaté mon respect et ma considération. Je suis convaincu que sa démarche est inspirée par son souci de la stabilité de l’Algérie, mais il m’est impossible de travailler avec un homme qui change dix fois par jour d’opinion.»

Chaabani ne veut pas se rendre compte qu’il n’a plus d’allié dans la place, puisque Khider a dû également se retirer, forcé à l’exil par le comportement de Ben Bella. Il ne veut pas se rendre compte que ceux qui ont tenté une médiation ont fini par déclarer forfait du fait de l’intransigeance des deux parties. Fethi Dib, chef des Moukhabarate égyptiennes, qui espère pouvoir régler «le problème Chaabani» par le ricochet de Genève, se rend en Suisse, pour demander, au nom du président Gamel Abdennasser, à Khider de restituer l’argent, dont il était un simple dépositaire, et dont il s’est emparé pour le mettre à «la disposition de l’opposition». Fethi Dib s’entend répondre : «Je suis un patriote. Je viens de refuser l’aide de Sa Majesté le roi du Maroc pour l’élimination de Ben Bella du pouvoir. Mon problème est la manière avec laquelle Ben Bella gouverne l’Algérie. Tous les hommes qui osent émettre la moindre critique, y compris les anciens responsables historiques, sont foulés aux pieds et emprisonnés. Puisqu’il semble que le président Abdenasser jouirait d’une certaine considération auprès de Ben Bella, demandez-lui d’intervenir pour faire libérer les personnalités emprisonnées et pour que le président s’engage à mettre fin au pouvoir personnel. De la réponse que ce dernier lui donnera dépendra mon retour en Algérie.»

La réaction de Ben Bella à l’écoute du compte rendu de Fethi Dib montre que les ponts sont définitivement coupés avec ses opposants. Il dit à Fethi Dib : «Tous ceux qui sont emprisonnés seront jugés par un tribunal. Ils sont accusés de tentative de coup d’Etat. S’ils sont condamnés à mort, ils seront exécutés. Khider lui-même est impliqué». Le président exhibe un document où il est question d’un projet de gouvernement avec Ferhat Abbès, Khider, Boudiaf, Aït Ahmed, Ahmed Francis, Tewfik El Madani et Omar Ouzeguène et, bien sûr, Chaabani à la Défense nationale. La mission de Fethi Dib s’étant conclue par un échec, Ben Bella donne l’ordre de réduire Chabaani par la force. La confrontation tourne à l’avantage des troupes gouvernementales, après quelques escarmouches qui font deux morts à El Kantara. Les unités de la Wilaya VI ne sont pas très motivées pour s’engager dans un combat fratricide. Chaabani a trop présumé de ses possibilités. Au bout de huit jours, il est arrêté.

L’heure d'Ahmed Bencherif

Chaabani arrêté par les hommes de Saïd Abid est remis, sur ordre de Houari Bouediène, à Ahmed Bencherif. Il est transféré immédiatement à Djelfa, ligoté, les yeux bandés et couché de force sur le plancher d’une Land Rover, les pieds de son gardien, un ancien adjudant de l’armée française appelé Gigi, alias Mohand Akli, posés sur son corps tout le long du voyage. Ahmed Bencherif suit, derrière, dans une DS palace. Arrivé à Djelfa, Chaabani est d’abord interrogé sommairement par le même adjudant, sous le regard goguenard de Bencherif. Chaabani demande un café. Bencherif envoie un homme le ramener. Au moment où le prisonnier tend la main pour saisir la tasse, Bencherif lui en balance le contenu à la figure. «Ceci de la part d’un ancien de l’armée française !» Chaabani, aveuglé par le liquide, le cingle d’un terrible : «Abna Bariss youhinouna abna Badis», puis il se mure dans le silence. Bencherif donne ensuite la véritable raison de l’étape de Djelfa quand il ajoute : «Tu as fait tuer combien des miens par ici ?» Il faut savoir que les bellounistes, au moment où ils avaient le vent en poupe dans la région, étaient les bienvenus chez le bachagha Lahrèche, beau-père de Bencherif, lequel, peut-être n’en pouvait mais. Les «officiers » de Bellounis, ainsi que la majorité des chefs harkis qui combattaient l’ALN et qui sévissaient dans la région de Djelfa avaient table ouverte chez le bachagha Lahrèche. Après ce règlement de comptes personnel de Bencherif (les hommes de la Wilaya VI n’avaient pas fait dans le détail en combattant les traîtres de Bellounis), Chaabani est tranféré sur Oran et incarcéré dans la prison militaire de Sidi El Houari, dans la cellule n°62. (Tout un symbole !) Dans les geôles voisines se trouvent Ahmed Taleb El Ibrahimi, le capitaine Bouanani et peu de jours après Saïd Abadou. Les membres de l’état-major de la Wilaya VI sont arrêtés et transférés à leur tour à Sidi El Houari, après un passage par «Dar Ennekhla », la villa Sésini de Ben Bella. Le choix de la prison appelée «Sidi El Houari» n’est pas fortuit, sa sinistre réputation, due au régime carcéral moyenâgeux qui y est appliqué, est résumée par le nom qu’elle porte. Le prisonnier doit ressentir à chaque heure du jour et de la nuit qu’il est livré sans défense à un système de murs, de portes massives, de gardiens aux visages froids, d’horaires immuablement fixes, mais qui, au-delà de ces apparences, possède une âme maléfique, terrifiante de venin insidieusement distillé, celle de l’homme au regard vipérin, dont elle porte le nom, fixé dans la pénombre du cachot sur sa victime terrassée.

Mohamed Harbi, le bien-pensant

Le 3 août 1964, Houari Boumediène signe, en qualité de vice-président du Conseil des ministres et ministre de la Défense nationale, le décret portant nomination des juges assesseurs devant faire partie de la cour martiale. Ce sont, dans l’ordre : le colonel Ahmed Bencherif, les commandants Abderrahmane Bensalem, Chadli Bendjedid et Saïd Abid. Le président du tribunal, Mahmoud Zertal, conseiller à la cour d’appel, est désigné par le ministre de la Justice, Mohamed El Hadj Smain, par un autre décret signé le même jour. Ahmed Draïa est nommé en qualité de procureur de la République. Le colonel Bencherif, désigné membre de la cour martiale pour veiller personnellement au verdict, et certain de ce qu’il sera, se rend dans la petite forêt de Canastel, qui a vu tant de moudjahidine tomber sous les balles de l’armée française, pour faire creuser la tombe de Mohamed Chaabani, avant même la tenue du procès. L’endroit choisi par Bencherif vient à bout de deux pioches, vigoureusement maniées par les deux fossoyeurs Mohamed Ghozali et Tayeb Mrabet, tant il est dur. Lorsque les deux hommes commencent à avoir la paume des mains pleine d’ampoules, l’emplacement est abandonné pour un autre, où le sol est plus meuble, sous un grand pin maritime.

Tandis que Bencherif est occupé à ces préparatifs macabres, les compagnons de Chaabani, Saïd Abadou, Rouina Mohamed, Chérif Kheirredine, Amor Sakhri, Slimane Slimani, Hocine Sassi, Mohamed Tahar Laadjel, sont regroupés dans la morgue de la prison sous bonne garde. Ils sont physiquement anéantis par les tortures qu’ils ont subies à «Dar Ennekhla». Là-bas, ils ont eu le temps de mesurer combien Chaabani avait eu raison de s’opposer à Ben Bella. Les horreurs dont ils ont été les témoins marquent encore leur mémoire. Au dernier jour de leur présence dans la maison de la mort, ils ont assisté au martyre de Aïssa Messaoudi, la voix célèbre de la Révolution algérienne. «Houna El Djazaïr touhayikoum min kalb El Djezaïr» est devenu, dans la bouche des tortionnaires de Aïssa Messaoudi, et pendant que ce dernier hurlait de souffrance : «Houna El Djezaïr touhayikoum min Dar Ennekhla…».

La parodie de procès aligne les chefs d’inculpation : haute trahison, atteinte à l’intégrité du territoire, rébellion armée, association de malfaiteurs, etc. Chaabani, abasourdi par le déluge des fausses accusations qui s’abattent sur lui, est invité à dire un dernier mot, il s’exprime pour assumer la responsabilité de sa position. «J’ai défendu le bon droit de mon pays. Je m’en remets à Dieu.» Il réussira à épargner à ses compagnons d’infortune le sort qui va être, dans quelques heures, le sien. Le colonel Chaabani est condamné à mort. La décision est prise à la majorité des voix, moins une voix, celle du futur président de la République, Chadli Bendjedid ! Bendjedid n’a pas voté la mort alors que Houari Boumediène lui a personnellement téléphoné pour lui recommander, au nom de Ben Bella, de n’avoir aucune pitié. Les minutes du procès qui sont au ministère de la Justice en font foi. Chadli Bendjedid prendra sur lui de faire une ultime faveur à Chaabani, lui permettre de s’entretenir avant son exécution avec Cherif Kheiredine. Le condamné demande à son ami et compagnon de toujours de veiller à ce que sa mère soit soutenue dans l’épreuve et que son jeune frère, alors âgé de 15 ans, puisse poursuivre ses études Le décret portant décision de l’exécution de la sentence est signé le 3 août I964, par Houari Boumediène, avant la tenue du procès. Ce décret précise les modalités pratiques de l’exécution.

Houari Boumediène empêche le colonel Tahar Zbiri d’aller solliciter auprès de Ben Bella la grâce du condamné à mort. Tahar Zbiri passe outre l’interdiction de Boumediène. Dans l’Illyouchine 18 qui nous emmène au Caire pour une réunion des chefs d’Etat arabes, le 3 septembre au matin, le colonel Zbiri revient, encore une fois, à la charge auprès de Ben Bella. Il ignore que la décision de faire exécuter Chaabani a été prise et qu’elle est irréversible ! Chadli Bendjedid, quand il évoque, à Tarf le 27 novembre 2008, avec quels termes injurieux l’appel à la clémence de Saïd Abid est reçu par Ben Bella, est encore au-dessous de la vérité. Ben Bella ne demande qu’à une seule personne son avis sur l’opportunité politique de faire exécuter la sentence, à Mohamed Harbi. Le révolutionnaire véhément, devenu l’icône de la bien-pensance algérienne outre Méditerranée, conseillera, «dans l’intérêt de la Révolution» le rejet de la grâce. Harbi, le lendemain de la mort de Chaabani, dira son sentiment dans un éditorial incendiaire de Révolution Africaine.

La décision de faire exécuter Mohamed Chaabani, alors que tout plaidait pour la grâce, est la résultante tragique de deux calculs. Ben Bella voulait adresser un avertissement à Boumediène : «Voilà ce qui t’attend si jamais…» Boumediène voulait que Ben Bella commette l’erreur de sa vie en mettant à mort un colonel de l’intérieur, acte qui provoquera une réprobation horrifiée, surtout chez les moudjahidine. Le colonel Mohamed Chaabani meurt courageusement à 5 heures 14 m du matin, le 3 septembre I964, après avoir refusé d’avoir les yeux bandés et de demander son pardon à Ben Bella. Il regarde la mort en face. «A Dieu nous appartenons…» La salve qui lui fracasse la poitrine le fait taire pour l’éternité… Le corps du supplicié subira le même sort que ceux des colonels Amirouche et El Haouès. Ahmed Bencherif refusera d’indiquer l’endroit où il l’a fait enterrer. La dépouille sera frappée de séquestre pendant 20 ans. La famille du colonel Chaabani remuera ciel et terre pour la retrouver, en vain.


Source : Le Soir d'Algérie

 

Commentaires  

 
+1 #1 RE: Pourquoi et comment le colonel Chaabani a été exécuté ? par Mahdi CherifSaid Salombi 22-02-2012 13:14
Ce gars colonel Cherif doit avoir dans les 80 ans, donc l’age de quitter ici bas, et il essaie de « soulager » sa conscience sur un silence criminel qui dure depuis 50 ans. Il savait tout cela des traitres DAF, mais il a normalement continué a leur coté a l’etat major jusqu’en 1967. Quel courage !

En plus, il essaie d’enfoncer le seul Harki Bencherif, mais dedouane allegrement tous les autres Harki (Nezzar, Touati, etc). Ils ont meme, d’apres lui, « sauvé l’Algerie ». En tant que musulman, je sais de notre cher Prophete SAAW, que l’individu est ressussité avec ceux qu’il aime. Ainsi, ce Cherif risque fort d’etre ressussité avec ceux qui ont « sauvé l’Algerie de l'Islam", a savoir : Nezzar, Belkheir, Guezziel, Lamari etc...

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+1 #2 Il y a autant d'intérêt à écrire l'histoire qu'à la faireAbû al-Atahiya 22-02-2012 16:26
Il y a autant d’intérêt à écrire l’Histoire qu’à la faire

Cet article témoignage est encore une pièce au dossier des pièces de l’historiographie de mon pays.
« Il y a autant d’intérêt à écrire l’histoire qu’à la faire ». Ne laissons pas les autres écrire notre histoire en l’escamotant, en la déformant. Témoignons.
Je me rappelle qu’un camarade de classe m'avait dit à l'époque que l’avocat de Chaabani – peut-être volontaire, peut-être commis d’office, - était un lieutenant de l’ANP, du nom de Bouziane, Boumediène l’avait sans doute désigné avec pour consigne de couler son client.
Cet ‘’avocat’’ a obtenu par la suite une promotion et une affaire. Mais en ces temps-là, la tentation était forte, irrésistible.
Au lycée, nous n’avons jamais eu de sujet de rédaction, de dissertation sur la guerre de notre peuple pour son indépendance.
Une seule fois je m’en souviens, la professeure de français nous avait demandé de raconter un évènement qui nous avait marqué. J’ai raconté avec mes mots la mort de Si Moussa, qui fut un grand combattant de la région de Kabylie et que j’avais vu un jour où il était passé chez nous. Je me suis aperçu que j’étais le seul à avoir connu la guerre de si près. La prof elle était une coopérante française qui a montré sa surprise…
Ayant vécu la guerre, la vraie, en Kabylie, j'en ai gardé les ''souvenirs'' gravés bien que flous et traumatisants. Et, après l’indépendance, l'assassinat de Chaabani m'avait aussi bouleversé, bien que je fusse âgé alors de moins de15 ans : Je ne comprenais pas pourquoi on tuait encore des moudjahidin et pourquoi un héros est tué par les siens.

Je n'oublierai jamais la période où des ‘’troupes de Boumediène’’ au comportement barbare avaient souillé la terre de Kabylie, – terre essentielle de la guerre de libération nationale, dont le sang des martyrs était encore frais – et déshonoré pour longtemps le blason de l’ANP ( je voyais ces soldats se servir devant nous, dans nos figuiers, ce qui me frappait d’autant plus que c’était là un acte interdit par la religion supposée de ces voleurs). J'en garde encore un souvenir douloureux. C'était le temps où l’arabisme stupide pouvait me faire sombrer dans le dégoût, et le berbérisme militant, cet arabisme qui a fini par ruiner les Arabes eux-mêmes.
Plus tard, je compris l’intention méchante qui se cachait derrière le slogan glorieux « Un seul héros, le peuple ». C’était encore une combine de tous ces traitres qui rentraient et qui ne voulaient pas qu’on parle d’Amirouche, de Si Haoues, de Ben M’hidi, de Ben Boulaid, en un mot d’honorer nos martyrs. Cela leur ferait de l’ombre, et rappelait que pendant que les autres se sacrifiaient, ils étaient tapis à l’ombre attendant le moment d’entrer en scène…

Je suis heureux aussi que cet article porte témoignage de la bonne image de Chadli, qui n'est pas un exemple de lumière certes, mais un homme ordinaire du peuple algérien.
Je me rappelle qu'en 1989, j'avais dit à des amis FIS-sistes d'Alger que « plutôt que de vous en prendre au président Chadli Benjedid, vous feriez mieux de vous rapprocher de lui. Il est plus proche de la morale musulmane de ne pas humilier les gens, d’essayer au contraire de les élever, de ne pas parler en mal de l’armée, sans rappeler que la majorité de nos soldats ne demandent pas mieux que de servir le pays. Annoncez par exemple que si vous êtes élus, vous vous réserverez le pouvoir exécutif, mais que le poste honorable de président de la république sera dévolu à Chadli. » Ils étaient si ambitieux, si pressés d'accéder au ‘’kursi’’ rongeur des âmes, qu'ils perdirent tout sens de la politique utile. On connaît la suite.
Merci et bravo à l’auteur de l’article.
Merci aussi à Hoggar.net, la tribune des Algériens dont le cœur bat pour que la vérité éclate.
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