L’Europe craint le raz-de-marée démocratique au Maghreb
| Tribune Libre - Lounès Saâd |
Michelle Alliot-Marie a beau démentir ses propos scandaleux. Elle n’a fait qu’exprimer à haute voix la stratégie néo-coloniale française et européenne vis-à-vis des pays du Maghreb depuis la décolonisation. Transmettre "le savoir-faire, reconnu dans le monde entier, de nos forces de sécurité, permet de régler des situations sécuritaires de ce type".
Sarkozy vient de justifier et confirmer amplement ces propos de pacification protectorale : «Je revendique une certaine réserve lorsqu'il s'agit de commenter les évènements de pays qui ont été la France et qui ne le sont plus… Je revendique cette réserve, ce recul, spécialement sur l'Algérie ».
Il précise aussi que «la France abritait et protégeait la quasi-totalité de l’opposition démocratique tunisienne». C’est un lapsus, il voulait dire «surveillait et neutralisait».
Tous les medias et les états-majors politiques ont été pris de court par la fulgurance des événements. Ils n’ont rien compris, rien vu venir en Tunisie.
Les Tunisiens, longtemps écrasés par l’Etat policier de Benali, prouvent tous les jours qu’ils ont cessé d'être des sujets colonisés pour devenir des citoyens responsables. Ils veulent engager la révolte populaire dans un mouvement démocratique irréversible, incassable. Ils exigent le départ immédiat des caciques du régime qui veulent gérer la transition pour redistribuer les rênes du pouvoir.
Depuis la chute de Benali et les émeutes conjointes en Algérie, les médias occidentaux s’interrogent sur la «contagion» démocratique. Le terme est bien choisi comme si c’était une maladie dangereuse… pour les intérêts européens.
Et pour cause, la démocratisation du Maghreb et plus généralement de l’Afrique du Nord, et du monde arabe va profondément bouleverser les relations géostratégiques et économiques par la constitution d’un nouveau bloc homogène.
De quoi ont peur concrètement les européens ?
D’abord, du raz de marée démocratique qui va réunir des peuples divisés par leurs dictateurs et créer un ensemble économique maghrébin cohérent, complémentaire et compétitif.
Ensuite, ce vent de liberté va provoquer un reflux certain du mouvement migratoire. L’Europe va perdre une partie de son lumpen-prolétariat immigré, et surtout de nombreux ouvriers professionnels, cadres, experts et professions libérales exilés et tentés de retourner chez eux.
Enfin, la «contagion démocratique» risque de s’étendre à toute l’Afrique et bouleverser brutalement l’ordre politique et économique euro-africain et mondial.
Les silences gênés et prolongés des autorités européennes et maghrébines prouvent que des conseils de crise sont tenus pour élaborer de nouvelles stratégies afin de contrer cette volonté des peuples maghrébins de se libérer de leurs tuteurs.
Les fichiers des élites compréhensibles et corruptibles sont passés au peigne fin pour détecter et promouvoir les nouveaux leaders politiques et militaires des décennies à venir.
Face au professionnalisme et au pragmatisme des services secrets et des «laboratoires d’idées» (think tank) occidentaux, les opposants algériens exposent une zizanie et un infantilisme d’une indécence ignoble.
Une véritable course contre la montre est engagée. Le dernier discours très colonial de Sarkozy, nouveau président du G20, est une déclaration de guerre contre la révolution démocratique et une non-assistance à des peuples en danger.
S’il n’y a pas une réelle prise de conscience et une volonté des algériens d’engager immédiatement la révolution, nous allons tout droit vers un durcissement encore plus féroce du régime avec de nouveaux chefs militaires et politiques qui seront choisis pour leur cruauté.
Le dernière démonstration des forces de police contre la marche du RCD, comparée à une «bataille d’Alger», donne un avant-goût du nouveau pouvoir encore plus répressif qui attend les algériens.
Saâd Lounès
24 janvier 2011
Il précise aussi que «la France abritait et protégeait la quasi-totalité de l’opposition démocratique tunisienne». C’est un lapsus, il voulait dire «surveillait et neutralisait».
Tous les medias et les états-majors politiques ont été pris de court par la fulgurance des événements. Ils n’ont rien compris, rien vu venir en Tunisie.
Les Tunisiens, longtemps écrasés par l’Etat policier de Benali, prouvent tous les jours qu’ils ont cessé d'être des sujets colonisés pour devenir des citoyens responsables. Ils veulent engager la révolte populaire dans un mouvement démocratique irréversible, incassable. Ils exigent le départ immédiat des caciques du régime qui veulent gérer la transition pour redistribuer les rênes du pouvoir.
Depuis la chute de Benali et les émeutes conjointes en Algérie, les médias occidentaux s’interrogent sur la «contagion» démocratique. Le terme est bien choisi comme si c’était une maladie dangereuse… pour les intérêts européens.
Et pour cause, la démocratisation du Maghreb et plus généralement de l’Afrique du Nord, et du monde arabe va profondément bouleverser les relations géostratégiques et économiques par la constitution d’un nouveau bloc homogène.
De quoi ont peur concrètement les européens ?
D’abord, du raz de marée démocratique qui va réunir des peuples divisés par leurs dictateurs et créer un ensemble économique maghrébin cohérent, complémentaire et compétitif.
Ensuite, ce vent de liberté va provoquer un reflux certain du mouvement migratoire. L’Europe va perdre une partie de son lumpen-prolétariat immigré, et surtout de nombreux ouvriers professionnels, cadres, experts et professions libérales exilés et tentés de retourner chez eux.
Enfin, la «contagion démocratique» risque de s’étendre à toute l’Afrique et bouleverser brutalement l’ordre politique et économique euro-africain et mondial.
Les silences gênés et prolongés des autorités européennes et maghrébines prouvent que des conseils de crise sont tenus pour élaborer de nouvelles stratégies afin de contrer cette volonté des peuples maghrébins de se libérer de leurs tuteurs.
Les fichiers des élites compréhensibles et corruptibles sont passés au peigne fin pour détecter et promouvoir les nouveaux leaders politiques et militaires des décennies à venir.
Face au professionnalisme et au pragmatisme des services secrets et des «laboratoires d’idées» (think tank) occidentaux, les opposants algériens exposent une zizanie et un infantilisme d’une indécence ignoble.
Une véritable course contre la montre est engagée. Le dernier discours très colonial de Sarkozy, nouveau président du G20, est une déclaration de guerre contre la révolution démocratique et une non-assistance à des peuples en danger.
S’il n’y a pas une réelle prise de conscience et une volonté des algériens d’engager immédiatement la révolution, nous allons tout droit vers un durcissement encore plus féroce du régime avec de nouveaux chefs militaires et politiques qui seront choisis pour leur cruauté.
Le dernière démonstration des forces de police contre la marche du RCD, comparée à une «bataille d’Alger», donne un avant-goût du nouveau pouvoir encore plus répressif qui attend les algériens.
Saâd Lounès
24 janvier 2011
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