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Bouteflika veut imposer une partition du Sahara Occidental |
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Saâd Lounès
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Mourad Medelci, ministre des affaires étrangères, aurait été soumis le
7 décembre 2009, à l’aéroport de Washington, à un contrôle humiliant,
annonciateur de la mesure américaine incluant l’Algérie dans une liste
de pays à risques. Depuis la publication de ces listes noires par les
USA et la France, L’Etat n’a pas protesté contre les tracasseries
supplémentaires qui attendent les algériens, déjà assez stigmatisés et
maltraités dans les consulats et les aéroports.
Ce classement dégradant de l’Algérie est le résultat des dix ans de règne de Bouteflika qui ont abouti à son isolement diplomatique quasi-total avec tous nos voisins immédiats qu’il ne visite pas et avec lesquels il n’entretient aucune relation de bon voisinage. Quant aux relations avec les grandes puissances, elles sont quasiment congelées.
Il semble poursuivre son 3ème mandat avec la ferme volonté de mettre le pays et la région en plus grand danger. Son inertie bizarre dans les dossiers chauds du Sahel vient encore d’être prouvée par la dernière réunion des Touaregs maliens, qui avaient déposé les armes suite à la signature de l’Accord d’Alger en 2006. Quatre ans plus tard, le constat des ex-rebelles est amer: l’absence de contact entre Bouteflika et le président malien ATT n’a pas permis d’avancer sur l’application des mesures préconisées par l’Accord pour tous les aspects liés au développement de la région nord du Mali. La menace de reprise de la rébellion est réelle: «Il y va de la sécurité et de la stabilité de toute la région du Sahel et pas seulement du nord du Mali».
A cette menace, et la recrudescence du terrorisme d’Al Qaïda, Bouteflika veut enraciner aux frontières sud une menace plus terrible encore: la partition du Sahara Occidental.
Bouteflika brade le gaz algérien pour contrer le Maroc
Vestige encore vivant de la politique de guerre froide, Bouteflika continue de ligoter la diplomatie algérienne et ses intérêts économiques à sa phobie personnelle de la monarchie marocaine. Après plusieurs semaines de léthargie, il est parti à Madrid le 7 janvier signer une Déclaration commune, dans laquelle on ne retient dans le verbiage diplomatique qu’un seul marchandage. Le bradage du gaz algérien contre une simple promesse espagnole de soutenir «le droit à l'autodétermination du peuple sahraoui».
José Luis Rodriguez Zapatero, qui entame son semestre de présidence de l'UE, est placé en première ligne pour négocier les intérêts gaziers de l’Europe. Il joue le rôle qui lui est dévolu dans la division du travail diplomatique européen. Il est donc prêt à signer des deux mains n’importe quelle déclaration que lui demandera Bouteflika, même sur l’autodétermination des aborigènes d’Australie ou des pingouins de l’Antarctique.
Pour obtenir cette déclaration de principe qui ne coûte rien à Zapatero, Bouteflika a posé sur la table des négociations le gazoduc sous-marin Medgaz classé par l’Espagne comme projet prioritaire. Alors que les travaux sont pratiquement achevés, la mise en service du projet, prévue en juin 2010, reste tributaire de deux dossiers lourds: le prix du gaz et la part qui revient à Sonatrach dans la commercialisation en Espagne et en Europe des 8 à 16 milliards de m3/an qui transiteront à terme par ce gazoduc. (1) Or rien de ces deux sujets de discorde n’a été évoqué dans cette Déclaration.
Même le lourd contentieux de Gassi Touil, qui coûte à l’Algérie un retard considérable, a été pardonné et balayé d’un revers de main. On rappelle que ce mégaprojet gazier GNL intégré, initialement confié aux firmes espagnoles Repsol et Gaz Natural, avait été saboté. Les espagnols voulaient retarder sa réalisation tant que le gazoduc Medgaz ne serait pas opérationnel et les contrats de livraison sécurisés.
On ne sait toujours pas quelle est la part du gaz dans les recettes d’exportation d’hydrocarbures. Mais on sait que l’indexation de son prix sur celui du pétrole cause à l’Algérie depuis plusieurs années des fluctuations et des pertes énormes que personne n’a pu chiffrer, en raison de l’opacité de gestion de Sonatrach, le secret des contrats commerciaux et l’absence totale de débat sur ce sujet sensible. Bouteflika continue de contrarier la proposition russo-iranienne de créer une OPEP du gaz pour définir et défendre une stratégie de prix. (2)
Comme le cadeau gazier ne suffit pas, Bouteflika souhaite que «les entreprises espagnoles participent et s'impliquent dans le vaste programme national algérien d'équipements publics 2010-2014», jusqu’à la fin de son mandat.
En liant la politique énergétique de l’Algérie au destin du Sahara Occidental, Bouteflika prouve sa seule obsession. Que l’ex-colonisateur espagnol l’accompagne dans le combat de sa vie pour que son pays natal, le Maroc, continue à souffrir.
Bouteflika met l’Algérie en grave danger
Le soutien international à la proposition marocaine de statut d’autonomie du Sahara a fait imploser la direction du Polisario entre les séparatistes convaincus et les partisans d’un règlement pacifique qui la considèrent comme une solution de juste milieu, sans vainqueur ni vaincu.
L’échec du processus de négociation de Manhasset a provoqué une défection de taille avec le ralliement au Maroc de Ahmedou Ould Souilem, ancien n° 2 de la diplomatie sahraouie, qui a réintégré sa ville natale de Dakhla où vivent ses parents et amis.
Souilem est venu s’ajouter à la longue liste des membres fondateurs et dirigeants du Front Polisario qui se sont affranchis de la tutelle algérienne. Certains d’entre eux ont créé un mouvement dissident anti-Polisario, Khat Achahid (La ligne du martyr).
Des partisans de Souilem et d’autres dirigeants qui voulaient le suivre en ont été empêchés par les services de sécurité algérien et sahraoui qui ont procédé à des arrestations et un renforcement du contrôle des camps de Tindouf. (3)
Mais la situation dans les camps est intenable et risque d’exploser. Des inventaires et des retraits d’armement ont été effectués par l’armée algérienne.
Alors que la défaite de Bouteflika et du clan d’Oujda semblait consommée sur cette bataille du Sahara occidental vieille de plus de 30 ans, le Maroc a commis l’erreur d’expulser la militante séparatiste de Laâyoune, Aminatou Haider. Sa grève de la faim suivie d’une réprobation internationale a réveillé les ardeurs guerrières de Bouteflika qui a décidé d’une nouvelle stratégie.
Des sources proches du Polisario ont annoncé un transfert des réfugiés des camps de Tindouf vers Tifariti et d’autres villes des territoires sahraouis «libérés» placés sous contrôle de l’ONU derrière le mur de défense marocain. (4)
Une course contre la montre s’est subitement engagée entre Bouteflika et Mohamed VI. Le roi a fait le 3 janvier un discours annonçant le processus de régionalisation avancée à l’ensemble du territoire marocain : «Le Maroc ne peut se cantonner dans l'immobilisme, alors que les adversaires de notre intégrité territoriale s'évertuent à entraver le processus onusien.»
Dès le lendemain, 4 janvier, Bouteflika dépêche à Tindouf, le président de l’Assemblée populaire nationale, Abdelaziz Ziari, qui effectue sa première visite officielle dans les camps. Il était porteur d’un message: le transfert des réfugiés sahraouis vers les villes des territoires libérés doit s’accélérer et le QG de la RASD installé à Rabouni doit être transféré à Tifariti.
Cette bande désertique qui s’étend des confins de Tindouf à Zoug représente 20% du territoire sahraoui, soit environ 54.000 km², l’équivalent du Togo, mais sans aucune ressource.
Sentant que les soutiens américain et français sont difficilement contestables et aboutiront à une solution onusienne favorable au Maroc, Bouteflika veut rebondir sur l’intransigeance d’Aminatou Haider en poussant les durs du Polisario à créer un Etat indépendant sur la partie libérée, provoquant ainsi une scission au sein du peuple sahraoui, comme celle des deux Corée.
Ce projet est très dangereux pour l’Algérie, le Maghreb et la région sahélienne déjà fortement déstabilisés. Les sahraouis implantés en territoire mauritanien dans les zones frontalières et la ville de Zouerat, risquent de provoquer des tensions en revendiquant cette partie de la Mauritanie. Cela peut aussi encourager une balkanisation du Sahel que peuvent revendiquer les différentes tribus touarègues et arabes. L’absence de ressources de ce désert enclavé va pousser ces populations à une recrudescence des rébellions et des razzias comme aux bons vieux temps précoloniaux.
Bouteflika veut continuer à déstabiliser durablement le Maroc, mais c’est l’Algérie, le Maghreb, le Sahel et l’Afrique de l’Ouest qu’il entraîne dans une instabilité chronique et un risque d’intervention étrangère.
Saâd Lounès
10 janvier 2010
Références
(1) http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/la-trahison-maghrebine-de-32082
(2) http://saadlounes.unblog.fr/les-formules-dindexation-de-prix-ont-detourne-la-rente-gaziere/
(3) http://polisario-confidentiel.com/index.php?option=com_frontpage&Itemid=1
(4) http://endoctrinement.com/
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