Hoggar Institute

Que fera l'Algérie si les rebelles touareg revendiquent l'indépendance ?

Tribune Libre - Lounès Saâd

La gravité des émeutes de Berriane, Chlef et Oran n'a pas empêché Zerhouni et Ould Kablia de tenir des propos burlesques en évoquant la «main de l'étranger». Au lieu de disserter sur leurs inepties, la presse devrait plutôt se demander pourquoi ces dinosaures du MALG sont encore à la tête de l'Etat 46 ans après l'indépendance.

Odieusement insensibles aux souffrances du peuple et de la jeunesse, ils ont vite oublié qu'ils ont été incapables de remarquer cette fameuse intervention étrangère avec le prosélytisme évangélique. Installés depuis 10 ans aux commandes des ministères de l'intérieur et des collectivités locales, ils auraient dû déceler ces associations protestantes suspectes. Leur compère Ali Tounsi, ex-colonel de la SM et patron de la police depuis 13 ans, n'a rien vu venir lui non plus. Leur ancien subordonné, le général Mediene dit Toufik, patron du tout puissant DRS, est resté aveugle depuis 18 ans qu'il est collé à son fauteuil. Leur cécité a abouti à un piteux résultat. Dépassé par la «découverte médiatique» du phénomène évangélique, le pouvoir a dû recourir à la plus abjecte des répressions. Faire condamner quelques convertis pour faire peur aux autres. C'est le degré zéro de l'injustice délirante. Une infamie qui a provoqué une indignation internationale justifiée contre cette grave atteinte aux libertés de conscience et de croyance. La procédure judiciaire antireligieuse et anticonstitutionnelle est aussi une grave insulte à l'esprit de tolérance qui a toujours régné en Algérie où sont nées plusieurs congrégations chrétiennes depuis les Chanoines et les Augustiniennes de Saint-Augustin, l'Algérien de Souk-Ahras, à celles inspirées par Charles de Foucauld mort à Tamanrasset et enterré à In Salah.

Toujours occupés à chercher la «main de l'étranger» dans les ordinateurs de Berriane, nos irresponsables du renseignement ne la voient pas s'agiter à nos frontières sud au cœur de la rébellion touareg au nord du Mali et du Niger. En monopolisant tous les leviers du renseignement, et en censurant la presse, les dinosaures du MALG et de la SM ont mis notre pays aux portes d'un grave danger que la «main de l'étranger» n'a jamais cessé de manipuler: la revendication d'indépendance du pays touareg.

Avec deux portables accrochés aux oreilles et les doigts sur le clavier pour envoyer des mails, nos officiers du DRS sont trop occupés à gérer leur business personnel. Ils n'ont pas entendu les derniers coups de semonce qui aurait réveillé même un sourd. Une vaste opération de réorganisation et des luttes de leadership au sein des mouvements rebelles touaregs malien et nigérien sont en train de s'animer sous influence étrangère. La manœuvre vise à provoquer une jonction des deux rébellions. Si l'union des mouvements aboutit, la suite logique devient évidente: la sécession entre le nord et le sud, la scission entre les pouvoirs «noirs» de Niamey et Bamako et les Touareg «blancs».

La «main de l'étranger» qui agit depuis des années dans cette région du Sahel ne s'en cache pas. Elle a tissé au grand jour des liens avec les chefs de tribus et les notables touareg. Cette main est multiple, à la fois libyenne, américaine et française, comme dans un tour de table de poker où les cartes sont redistribuées.

Khadafi a déclaré depuis quelques années son vœu de voir se créer une «République du Grand Sahara», sous-entendu touareg. Dans ses déclarations apparemment loufoques, Khadafi semble être un adepte du dicton algérois «khalatha tassefa», ce qui se traduit par «mélange tout et ça se décantera». Dans le Sahel, le mélange libyen risque d'être explosif. Il est bon de rappeler que le Tchad, où Khadafi a pratiqué sa théorie du chaos, ne s'en est toujours pas relevé. La Libye soutient financièrement et militairement les rebelles et veut s'imposer comme médiateur à la place du voisin algérien… face à une étonnante passivité de nos services.

La main américaine a un objectif clair et avoué: son projet d'Africom vise l'installation d'une base militaire dans la région. En attendant de connaître le remplaçant de Bush en novembre, la pression circulaire à double sens giratoire qu'exercent les Américains sur chacun des pays du Maghreb et du Sahel fait penser à une roulette de casino. Elle finira bien par s'arrêter et afficher le numéro gagnant. Pour les Américains, la persistance de la rébellion touareg et l'éventuelle revendication d'indépendance serait une chance inouïe pour museler Niamey, Bamako et… Alger. Après avoir envahi l'Irak pour contrôler le pétrole du Moyen-Orient, l'installation militaire américaine en Afrique est inéluctable pour contrôler le pétrole africain, à moins d'une opposition radicale russe et chinoise.

Quant aux Français, cela fait bien longtemps qu'ils accordent aux Touareg une attention très soutenue dans ce que l'ethnologue Paul Pandolfi appelle «une relation triangulaire des hommes bleus avec les populations arabes au nord du pays touareg et les populations noires d'Afrique sahélienne au sud». Les Français n'ont toujours pas digéré les accords d'Evian où ils ont dû concéder «l'intégrité territoriale algérienne sur le Sahara» en échange de la poursuite des essais nucléaires. Ils regrettent amèrement leurs tracés coloniaux qui ont englouti le pays touareg bien que les hommes bleus avaient leur structuration sociale, tribale et géographique. Un roi, l'Aménokal régnait sur trois strates: les nobles (ihaggaren), les tributaires (Kel-Ulli) et les esclaves (Harratines). Le tout réparti en territoires distincts (Kel-Ahaggar, etc…).

Le mythe du pays touareg est constamment entretenu, que l'on peut résumer dans cette définition d'Albert Camus: «Depuis toujours, sur la terre sèche, raclée jusqu'à l'os, de ce pays démesuré, quelques hommes cheminaient sans trêve. Ils ne possédaient rien, mais ne servaient personne. Seigneurs misérables et libres d'un étrange royaume».

On se souvient que la première rébellion (91-95), des «amis de la cause touareg» ont été activés en Europe en affichant un slogan provocateur: «Touareg: un peuple doit-il disparaître pour exister?».

La nomination surprise, et apparemment précipitée, de l'actuel ambassadeur de France à Alger comme coordonnateur des services de renseignement à l'Elysée, a certainement un lien avec le suivi de la recomposition des rapports de force au Maghreb et au Sahel autour des nouveaux gisements gaziers du sud-ouest algérien où GDF a des intérêts.

Les rebelles nigériens du MJN ne reconnaissent plus les accords de paix de 95, bâclés par des médiateurs algériens qui ont cru éteindre le feu, mais ont laissé couver les braises. Les retards à l'allumage de la diplomatie algérienne sont très curieux face à la demande insistante de médiation des rebelles maliens. Le récent assassinat de négociateurs touareg dans l'affaire des otages autrichiens est tout aussi étrange. Nos services semblent avoir perdu complètement les cartes du conflit.

Sur le plan économique, aucun dirigeant algérien n'a jamais mis en œuvre un vrai partenariat avec nos voisins du Sahel, comme le souhaitaient Boumediene et Mohammed Seddik Benyahia. Pour mesurer la totale indifférence et le quasi mépris affiché par les autorités algériennes, il suffit de citer l'exemple du poste frontalier d'Assamaka sans électricité puisqu'il se trouve à 200 Km d'Arlit la première ville nigérienne. Est-ce trop demander de tirer un câble électrique depuis In Guezzam qui se trouve à moins de 30 Km?

En l'absence de toute coopération commerciale et douanière, les Touareg algériens sont contraints de recourir à la «contrebande» pour subvenir aux besoins alimentaires et en carburant de leurs cousins nigériens et maliens.

Le danger permanent de scission touareg est donc ancien et connu. C'est la capacité algérienne d'anticipation et de réaction qui semble avoir été anéantie. Comme si la «main de l'étranger» avait infiltré le système-DRS au plus haut niveau pour l'anesthésier. Les observateurs avertis s'interrogent sur le satisfecit distribué récemment par Condoleeza Rice qui a considéré que "l'Algérie est championne de la sécurité régionale et internationale". Alors qu'on est visiblement très loin de l'efficacité des services égyptiens, tunisiens, marocains, saoudiens… Cela fait 18 ans (?) que le pays baigne dans le sang d'un terrorisme sans fin.

Quoi qu'il en soit, l'incompétence avérée et répétée de nos services de renseignement porte un grave préjudice à la sécurité du pays : corruption, détournements, scandale Khalifa, crise kabyle, évangélisation, terrorisme… et maintenant une menace réelle contre notre propre intégrité territoriale.

L'extrême gravité de la situation appelle une dissolution du DRS comme une urgence absolue et la réorganisation immédiate des services secrets, en prenant le soin de séparer les structures, les responsabilités et les tutelles, et en leur imposant des contrôles budgétaires et parlementaires. Un nettoyage des corps constitués s'impose pour les débarrasser de tous les affairistes et les dinosaures, et les remplacer par des élites modernes douées d'intelligence politique et de probité morale. La presse aussi doit être libérée de toutes les entraves qui empêchent le journaliste d'être «l'agent de renseignement» de l'opinion publique.

Si le pouvoir algérien persiste dans l'immobilisme que lui imposent les «mandats à vie», l'équation à laquelle le pays risque d'être bientôt confronté va être dramatique. Au cas où la revendication d'indépendance du pays touareg s'exprime et se structure, que fera l'Algérie? Va-t-elle soutenir «le principe d'autodétermination des peuples» comme elle le fait depuis plus de trente ans avec le Front Polisario? Ou bien va-t-elle défendre «l'intégrité territoriale» de ses pays voisins? Sachant que le pays touareg s'étend de l'axe Tombouctou-Agadez jusqu'au Hoggar et Tassili. Quelle terrible équation. Insoluble?

Saâd Lounès
5 juin 2008
 

Commentaires  

 
+1 #1 TOuareg's autonomysalim 09-06-2008 11:19
Why we should not be fait to say that we can't live with each other in algeri and some people benefit form petrolum money and not all the rest of populace.so the time is coming now to ask real and serious questions.so we have to give autonomy to all ethnics groups in algeria and cretae many states .I can say whitout ambiguity and woodword that we we should give autonomy to touareg
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0 #2 Enfin, là tu es francIndigène 09-06-2008 14:13
@salim:



Là au moins tu es clair. Donc le projet de ton patron c'est bien la division de l'Algérie..



Mach'Allah c'est génial! Ya que les cerveaux du DRS pour produire de telles idées lumineuses. Que ferait l'Algérie sans vous?



Et puis pour service rendu, ils devraient te payer un cours élémentaire d'anglais, surtout qu'il y a du boulot en vue avec les yankees. Da3wa khabza!
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0 #3 l'amertume gouttéeJamal 10-06-2008 01:04
C'est tout à fait normal que la politique des dirigeants algériens envers la région qui est fondée sur l'appèl à la destabilisation qui est une source de richesse pour les généraux, va bientot goutter de l'amertume de ses fruits alors que seul le peuple algerien paiera la facture.
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0 #4 replysalim 10-06-2008 19:38
Je ne sais pas du tout de quoi vous parlez mais je sais une chose,car comme la plupart des integristes qui ont commis des crimes et rendre l'algerie si sombre,essayent par tous les moyens de coller des etiquettes comme agents de DRS ,communistes etxx..

vous etes hors de champ ou plutit en dephasage de la realite algerienne
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0 #5 TouaregAli baba 11-06-2008 22:46
La déstabilisation du Sud est incoontournable, c'est la conséquence logique de la mauvaise gouvernance dont souffre le pays, C'est tout à fait normal que les populations du sud marginalisées, délaissées, pensent à réagir pour avoir leur part du gateau. Voir les richesses de pays qui proviennent de leur région, pillées par une poignée d'irresponsables prédateurs qui sont au pouvoir depuis des lustres et qui ont échoué dans tous les domaines les incite à réagir, les pays arabes limitrophes avec qui nous sommes en crise non apparente sont la pour tirer les ficelles, et puis oon ne peu pas encourager le nationalisme saharoui sans réveiller le nationalisme saharien. Le pétrole coûte trés cher ça donne de l'appétit à tout le monde, les touaregs ne sont pas pacifistes comme les mozabites. Le système ne respecte que les populations qui ont une forte capacité de nuisance, avec la crise, voir l'absence du pouvoir perceptible à tout les niveaux on ne peut que craindre des secousses politiques violentes à travers tout le territoire national pour bientôt. On n'est past pas prêt de sortir du tunnel où on s'est engoufré depuis vingt ans. Quand on est incapable de gèrer une nation hé bien il faut s'attendre à son éclatement, la nnote sera douloureuse pour tout lee monde sauf ceux qui mené le pays vers la ruine, ils ont pris leur disposition pour quitter le navire une fois coulé.
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0 #6 Mouvement eminent des touargeskamel 12-06-2008 11:49
Je pense que avec la flambee des prix du petrole,ca va donner l'appetit aux divers groupes ethniques au sud d'algerie comme les touarges et mouzabites a reclamer la part de la rente petroliere car c;est juste et le puvoir civile et militaire partage depuis 1962 les recettes du petrole,sans pour autant donner a chacun sa part ou developper les regions de notre pays.les routes restes non goudronnes et j'ai l'impression que l'algerie est presque une image d ela mort ou ca resemble au pays african de moyen age.un mouvement des touarges est bientot verra le jour pour demander la part du petrole.pourquoi nos derigeants ne font pas comme la libye afin de destribuer la part du petrole aux familles algeriens.algerie malheuresemnt va connaitre des moments diff avec l'autonomie des mouzabites,kabyles et touarges.
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0 #7 tourguistanhogggar 21-05-2009 17:20
Les Touaregs, peuvent demander leur independance, c'est une question légitime; quit a ce que l'algerie soit amputée du Tourguistan, ca ne serait qu'un retour a l'ordre normal des choses.
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0 #8 diviser algerimabatagge 28-05-2009 13:03
et oui l'algerie est divisé en 3 ; nous les touareg on reclame toujours notre indepedence mon chere ami , et c'est la lybie et d'autres pays frere qui vont nous aidé;et pour te dire tu peut consulter notres sites pour savoir q'il yavais tjs des discutions entres nous les fideles et votre dinausores generaux.
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0 #9 la kabylie ne laissera jamais faireBELKADI 13-02-2011 22:05
les algeriens ont combattuent la france pour liberer le pays de la france ; maintenant ; jamais les algerien seront diviser pour ce but ; qui T a versser le sang a nouveaux ; pour l eterniter ; l algerie pour les algeriENS et personne d autre ; a bientot
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+1 #10 Algérie une et indivisiblearezki M 15-02-2011 15:25
Avec l'éclatement de l'ex URSS, des indépendances des pays du bloc de l'Est,l'éclatement de fédération yougoslave et de la Tchécoslovaquie,voilà que ce fut le tour du Soudan; N'est ce donc pas que le projet des US se déroule.Diviser le monde pour mieux régner. Il semblerait que le projet de partition de l'Algérie soit sur les tablettes du Pentagone. L'AQMI, le mouvement Azawed, le MAK,Ghardaia, ne sont-ils pas des signes cliniques avant coureurs de cette maladie du 21eme siècle qu'est cette mondialisation imposée aux forceps par qui nous savons? Bien sûr que ni les kabyles, ni les chaouyas, ni les oranais ou tout autre citoyen algérien,je le pense ,ne pourra accepter cette partition. Mais sont-ce les peuples spoliés de leur souveraineté qui décident? La volonté populaire a été confisquée et elle n'est ni entre de bonnes mains, encore moins entre les mains de ceux que le peuple a désigné! Alors vigilance vigilance!
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